Les sources vives

Les sources incontestables, restées longtemps en jachère dans les travaux non-publiés de Christine Boyer Thiollier depuis sa soutenance en 1981, se composent à la fois d’originaux et de copies d’époque (transcription par un tiers, souvent par Joséphine Ravier, fille de l’artiste) des lettres de Ravier. Elles ont été retrouvées en trois lieux :

  • Dans la famille Thiollier, conservées par Emma Thiollier, transmises à son neveu par testament, et transcrites intégralement par sa petite-nièce susnommée ;
  • A Grenoble lors d’une enquête à l’ancienne Galerie Laforge où un paquet de lettres attendant qu’un membre de la famille d’Emma vienne les récupérer depuis 1945, a été remis à Christine Boyer dans les années 1980.
  • Enfin à la Bibliothèque Municipale de Grenoble, où un ensemble de lettres écrites à Ravier a été offert dans un geste symbolique et conjoint par Emma Thiollier, fille de Félix Thiollier, et Thérèse Bertin-Mourot, nièce de Paul Jamot, en 1945, pour le cinquantenaire de la mort de Ravier. Jamot n’avait pas encore rendu à Emma les lettres qui lui avaient été confiées, par défaut d’opportunité. Ce manquement involontaire divisa les sources à l’époque mais offre désormais une belle complémentarité à ce puzzle que l’on peut maintenant reconstituer.

15 ans d’enquête !

Après des années de recherches, nous avons enfin retrouvé la famille de Ravier en 1991, loin du Dauphiné, dans le sud-ouest. Madame Maxime Ravier -fils de Louis Marie Clet, cinquième et dernier enfant de Ravier- nous a reçus, stupéfiée que nous ayons remonté sa trace grâce à un vieux carnet, abondamment raturé, d’Emma Thiollier. Un employé de mairie de la dernière adresse figurant sur le papier jauni du carnet, nous a aiguillés sur une autre ville, Agen. Cette famille avait heureusement conservé des tableaux de l’ancêtre, ainsi que les beaux portraits à l’huile de François-Auguste Ravier et de son épouse, par Louis Janmot.

Nous avons retrouvé depuis quelques inédits, lettres ou brouillons autographes (que Paul Jamot appelle de façon erronée copies). Au fil des ans nous avons reclassé par ordre chronologique la totalité des documents pour un ensemble cohérent et exploitable. Il aura fallu près de 40 ans ! Un vrai travail de bénédictin… Pour établir une notice année par année, il aura fallu réunir toutes ces traces écrites et les chiffrer chronologiquement pour mieux retracer le parcours biographique de l’artiste. La correspondance entre Ravier et Thiollier publiée en 2013 [1] par Christine Boyer Thiollier n’offre au lecteur qu’une partie de ses lettres. Aussi prévoit-elle de publier la suite à savoir celle écrite à ses amis artistes. Il aura fallu aussi consulter les archives de tous les amis peintres de Ravier pour trouver une issue cohérente d’abord à sa biographie, ensuite à la chronologie et à l’évolution stylistique de l’artiste.

[1] Christine Boyer Thiollier, De la photographie-tableau, Carnet épistolaire illustré: lettres de François Auguste Ravier à Félix Thiollier, 1873-1895. Éditions MCCBT, 2013. S’adresser à l’auteur pour se le procurer.

 

Sources bibliographiques

Nous nous sommes largement appuyés aussi sur les trois publications successives des deux principaux biographes de Ravier, Félix Thiollier en 1898 et Paul Jamot en 1921 :

  • Thiollier Félix, Soixante et un dessins de A. Ravier héliogravés sous la direction de Félix Thiollier, et deux portraits de l’auteur l’un par Louis Janmot l’autre par J. Faure., Lyon, impr. Waltener. [1888]. 48cm. 61 pl., 1888
  • Thiollier Félix, Auguste Ravier, peintre. M DCCC XIV- M DCCC XCV Portraits de l’artiste et très nombreuse reproduction de ses dessins et de ses croquis. Saint-Étienne. impr. Théolier-Thomas. 1899. 28 cm. 80 p. fig., 1899
  • Thiollier Félix, Croquis, dessins, aquarelles d’A. Ravier. l. s.d. [1911]. 17 cm. 1 p. 57 pl. h.-t.
  • Jamot Paul, Auguste Ravier [peintre], 1814-1895, Lardanchet, Paris, 1911(texte introductif à l’édition de 1921, ni lettres ni illustrations)
  • Jamot Paul, Auguste Ravier. Etude critique, suivie de la correspondance de l’artiste et illustrée de 10 hors-texte en couleurs et 25 planches en noir, Lardanchet, Paris, 1921.

Sources manuscrites

Nous avons évoqué le grand nombre de lettres et d’archives dépouillées dans le fonds Félix Thiollier et dans les fonds publics. Toutes les lettres de Ravier ou adressées à Ravier ont été intégralement retranscrites, même si elles l’avaient été partiellement par Thiollier ou par Paul Jamot. Par pudeur, ceux-ci ont volontairement tronqué ou effacé quelques phrases de leur contenu qu’il jugeaient trop personnels à l’époque.

[ L’auteur de cette notice a hésité longtemps avant de l’écrire. Car il faudrait une plume plus autorisée que la sienne pour faire connaître dignement l’un des artistes les plus remarquables de notre époque. Le mot qui vient de nous échapper justifie notre appréhension ; et malgré la résolution bien arrêtée de mettre une sourdine à l’expression de notre admiration, celle-ci paraîtra certainement exagérée ou ridicule. Nous savons, en effet, combien l’on se méfie, et le plus souvent avec raison, des provinciaux inventeurs de grands hommes. F.T.]

Nous rappelons que nous sommes prêts, aujourd’hui, à communiquer aux chercheurs les lettres dont ils trouveront les auteurs dans la rubrique /archives/les correspondants de Ravier/.

[Exemple de Brouillon autographe de François-Auguste Ravier, sans date, à Mr Roux] ; feuillet in 4°, coll. CBT.]

Transcription :

« En art vous en avez un aperçu – je ne cherche à copier personne : j’ai mon idéal et la na-
ture me sert de moyen de langage pour l’exprimer. Il y a bien mes hommes, mes demi-dieux, beaucoup dans les temps anciens, deux dans les temps modernes : Delacroix et Co­rot, les seuls que je considère de la race des maîtres, ils peuvent avoir eu à mon insu une in­fluence latente dont je ne veux pas me défendre et que j’accepte volontiers.

 Je reconnais du talent dans beaucoup d’autres, beaucoup de talent, trop de talent peut-être mais s’ils excitent plus ou moins ma curiosité, ils ne parlent pas à mon cœur et du moment que je ne suis pas touché là, je n’ai pas d’amour et cela seul m’entraîne et me fait monter le sang au cerveau – Ainsi vous pourrez m’appeler toqué tant que vous voudrez, n’ayez pas peur de me vexer.

Du reste, j’admets toute opinion sincère, un homme raisonnable ne peut se ve­xer que lorsqu’on a l’intention de le vexer et je considère pour ma part un homme qui de bonne foi n’aime pas ma peinture autant qu’un autre… » (Pas de suite)