Les archives Ravier

Contexte

Ayant toute confiance dans l’expérience des affaires de son jeune ami Félix Thiollier, Ravier lui avait donc attribué par testament la charge de la liquidation de son atelier. Prenant son rôle d’exécuteur testamentaire très à cœur, Thiollier a l’intelligence de rassembler toutes les traces écrites et les témoignages de la vie de Ravier, sa correspondance, et l’œuvre peint : aquarelles, tableaux, dessins, lavis, quelques photographies, mais aussi des lettres et des documents ; de façon touchante il conserva précieusement les lettres que Ravier lui avait adressées durant 22 ans. Il en publiera modestement des extraits une première fois en 1899. Pendant des années Thiollier ne cessera de motiver la famille de ravier pour donner de belles aquarelle ou huiles significatives à des institutions comme le Louvre, le Luxembourg, ou les musées de province autour du dauphiné. Il s’épuisera à clore cette succession (après celles de Louis Janmot et Paul Borel) pour mettre Ravier à l’abri de l’oubli.

Le rôle de Paul Jamot

Les lettres ne dormiront pas longtemps dans les cartons, car dès 1911, Thiollier les confie à Paul Jamot, historien d’art éminent, conservateur au Louvre dont la plume rigoureuse, ciselée et délicate servira au mieux les intérêts de Ravier. Thiollier meurt à la veille de la grande guerre, Paul Jamot reprend le flambeau assisté de la fille de Félix, Emma Thiollier, et publie en 1921 la totalité des lettres autographes de Ravier conservées, triées et annotées auparavant par Félix. C’est lui qui le premier sera le trait d’union posthume entre les deux fidèles amis. Si suite au travail remarquable de Paul Jamot, cette correspondance a été largement citée et exploitée depuis, ce fut toujours trop partiellement.

Paul JamotEn effet, cette correspondance sortie de son contexte d’alors a fourni aux chercheurs des renseignements sur la peinture de Ravier, en extrayant de superbes phrases piquantes et poétiques, mais curieusement ces derniers ont totalement occulté le contexte amical des deux artistes et leurs influences respectives en mettant totalement de côté leur relation si attachante.

60 ans après Paul Jamot, dans les années 1980, l’arrière-petite-fille de Félix Thiollier, Christine Boyer-Thiollier se lance dans l’inventaire des peintures de Ravier et se plonge dans cette correspondance quelque peu oubliée. Conservée telle-quelle par sa tante Emma Thiollier, artiste peintre et sculpteur, et découverte dans une mallette sur laquelle était mentionné « Précieux, lettres de Ravier », elle renfermait aussi beaucoup d’autres lettres d’artistes contemporains de Ravier ou de son père. Aujourd’hui, cent ans après Jamot, après des années de classement et de transcription, nous retrouvons ou découvrons ces échanges.

Réflexion

L’histoire de l’art s’enrichit souvent en puisant dans la correspondance des artistes ; cette source vive offre bien davantage d’informations que leurs écrits théoriques sur leurs traits de caractère, leurs enthousiasmes et leurs difficultés qu’ils affrontent au quotidien. Les échanges épistolaires célèbres (Delacroix, George Sand, Mozart, Ingres, Debussy, Cézanne, Rilke, Van Gogh, etc..) continuent à nourrir l’imaginaire des lecteurs. Ceux-ci y recueillent en direct des témoignages alternativement émouvants, dramatiques ou triviaux, souvent portés par une liberté de style, familier ou poétique, qui les fait accéder au plus près de l’humanité de l’auteur.

Entre les mots

Riche d’une petite centaine de lettres, l’abondante correspondance du peintre François Auguste Ravier adressée à son cadet, le photographe Félix Thiollier, dévoile de l’intérieur un artiste français paradoxalement méconnu parmi les plus originaux de la période pré-impressionniste, et au passage en dit beaucoup sur leur destinataire, photographe de talent.  En outre, ces échanges épistolaires hauts en couleur révèlent un authentique écrivain et un artiste d’une belle franchise, sous l’éclairage nouveau des rapports affectueux que le peintre entretient avec le jeune photographe. Épistolier savant mais à l’aise dans la provocation et l’ironie, Ravier livre aussi dans ses lettres des idées très personnelles sur l’art de son temps (1).

La correspondance avec les artistes

Il existe aussi beaucoup d’autres lettres. Le fonds reconstitué chronologiquement par Christine Boyer Thiollier est intégralement transcrit et comporte plus de 200 lettres de et à François Auguste Ravier, principalement des artistes, qui situent Ravier au cœur de la vie provinciale au 19e. Cette correspondance publiée ou inédite est conservée dans des fonds privés ou publics . Ci-dessous une liste non exhaustive :

Les correspondants (par ordre alphabétique)

Jean Achard, Hector Allemand, Adolphe Appian, Eugène Baudin, Paul Baudouin, Alfred Bellet du Poisat, Charles Beauverie, Louis Berthon, Léon Berthoud, Henri Bidauld, Henri Blanc-Fontaine, Paul Blanche, Paul Borel, Boussod, Bussolino, Calderini, Johannes Chatigny, François Daubigny, Alexandre Dubouchet, Michel Dumas, Etienne Duval, Antonio Fontanesi, Léon Fleury, Louis Français, Achille Gallier, Alphonse Girodon, Jules Grenier, Henry Gruyer, Laurent Guétal, Joseph Guichard, Louis Janmot, Alexandre Lacour, Lemaire, Leberecht Lortet, Albert Maignan, Malout ou Matout, Jacques Pilliard, Albert Porcher , Pierre Puvis de Chavannes, Diodore Rahoult, Victor Ranvier, Marcel Reymond, René Tripier, Alfred Wahlberg pour les principaux.

(1) Cf. Christine Boyer Thiollier. « De la photographie tableau, carnet épistolaire illustré, Ravier et Thiollier, 1873–1895. » 2013, éd. MCCBT. Chez Librairie Michel Descours, Lyon.