Vivre et peindre ; peindre pour vivre !

Bonjour amis lecteurs,

Parmi les documents conservés sur François-Auguste Ravier, certaines lettres nous rapprochent au plus près de l’homme.

Cet automne, nous vous invitons à découvrir une lettre peu connue. Derrière les mots du peintre se révèle un homme sensible, attentif au monde qui l’entoure. Écrite peu avant l’accident qui affectera durablement sa vue, cette correspondance résonne aujourd’hui d’une manière toute particulière. Le peintre apparaît plus vivant et plus proche que jamais. Ce témoignage rare nous plonge dans son quotidien à une période charnière de son existence, la maturité, qui transformera son rapport à la vie, au regard, et à la peinture, et se confie à son ami Félix Thiollier. Vivre et peindre ; peindre pour vivre !

 

Morestel, 16 septembre 1879[1].

Mon cher ami,

Le jour même où vous m’écriviez, 2 octobre, entre quatre et cinq, en faisant de l’aquarelle, dans le feu de l’action, je suis tombé sur la tête, ayant perdu connaissance. Bosse énorme au front. Œil au beurre noir. Le choc m’a fait me relever et, le médecin ayant dit que c’était un coup de sang, s’est naturellement emparé de moi. ‘

Donc, Régime, ni chaud, ni froid, bains de pieds, arsenic, etc., etc.

De sorte que, avant d’aller à Saint-Germain[2], il me faut un exeat; le petit, en attendant le grand, le définitif (dont on ne se plaindra ‘pas, si, comme j’en ai l’intime pressentiment, il doit vous mener dans un monde meilleur que celui-ci).

Quoi qu’il en soit, c’est un retard, que je chercherai à rendre le plus court possible. N’ayez pas peur que je m’ennuie, pourvu que j’aie la faculté de travailler, d’aller, de venir, de lire, de dormir en toute liberté.

Ces quelques jours passés hors de ma solitude avaient un peu interrompu mon travail. Je m’y remettais avec rage. Je ne sais quel effet ce nouvel incident va avoir sur mon travail.

Mais il me sera impossible de mener une vie de bourgeois et je travaillerai quand même, quoi qu’il arrive, mais peut-être avec plus de distractions.

Bon souvenir à vos dames et à toute la famille.

J’irai vous voir le plus tôt que je pourrai.

Ravier

 

***

 

      Cinq ans plus tard, la vie de Ravier bascule. Cette lettre nous offre un témoignage précieux sur le peintre avant l’accident qui altérera durablement sa vue.

      En 1879, au sommet de son art, il réalise certaines de ses plus belles aquarelles et poursuit inlassablement sa quête de lumière. Sa lettre à Thiollier nous le révèle dans toute l’intensité de sa maturité créatrice.

      Rendez-vous le mois prochain pour une nouvelle découverte autour de François-Auguste Ravier, de son œuvre et des archives qui en perpétuent la mémoire.

Christine Boyer Thiollier

 


[1] Publiée par Thiollier, 1899, p. 63, avec des fragments d’autres lettres. Original fonds CBT/BnF

[2] St germain Laval (Loire) à Verrières chez Félix Thiollier